L'ambiance et l'aspect mortifère
L’atmosphère mortifère dans le film et dans le livre.
Le film débute par l’image d’un bateau dans une aube bleutée,
une funeste fumée noire s’échappe de la cheminée, puis un second plan montre un homme luttant contre le sommeil sur le pont,
c’est Aschenbach. Tout cela sur la 5ème symphonie de Mahler qui donne une impression languissante. Dans le livre, le bateau est décrit comme : « un bateau de nationalité italienne, vétuste, noir et couvert de suie. », chaque chose prendre une certaine tournure glauque : « […] on voyait s’élargir entre quai et bateau la bande d’eau grasse et diaprée, et après de gauches manœuvres, le vapeur finit par tourner sa proue vers le large. »
Dans le livre la description de la gondole qui le mène jusqu’au Lido amène Aschenbach à une réflexion sur la mort : « Qui ne serait pas pris d’un léger frisson et n’aurait a maîtriser une aversion, une appréhension secrète si c’est la première fois, ou au moins la première fois depuis longtemps, qu’il met le pied dans une gondole vénitienne ? Etrange embarcation, héritée telle quelle du Moyen-âge, et d’un noir tout particulier comme on n’en voit qu’aux cercueils, […] cela suggère l’idée de la mort elle-même, de corps transportés sur des civières, d’événements funèbres, d’un suprême et muet voyage. » La fin « Suprême et muet voyage » annonce clairement la suite des événement.
Le rythme est plutôt contemplatif, alors que paradoxalement on a une certaine impression d’urgence en particulier dans le film. Le sujet de la fuite du temps et de la vieillesse revient souvent notamment lorsque Aschenbach, au début sur le bateau, se rend compte qu’un vieil homme est déguisé en jeune homme. Dans le film cette rencontre est brève alors que dans le livre Thomas Mann en fait une longue description : « L’un des jeunes gens, un garçon à la voix pincharde qui portait avec une cravate rouge et un panama à courbes audacieuse un costume d’été jaune clair de coupe extravagante, se montrait particulièrement lancé. Mais l’ayant considéré de plus près, Aschenbach constata avec horreur qu’il avait devant lui un faux jeune homme. Nul doute c’était un vieux beau. Sa bouche, ses yeux avais des rides. […] le cou était flasque et fripé […] Frémissant de répulsion, Aschenbach observait son attitude et celle de ses compagnons. »
La fuite du temps deviens de plus en plus présente, par exemple quand le maître d’hôtel presse Aschenbach pour ne pas qu’il rate son train, ou lorsque Aschenbach va chez le coiffeur car il éprouve une certaine honte pour sa vieillesse, et pense donc ne jamais pouvoir plaire a Tadzio. Au fur et a mesure du film cette urgence s’accroît, le personnage principal est de plus en plus en mouvement (lors des déambulation à la poursuite de Tadzio dans Venise) comme s’il luttait dérisoirement contre le temps.
C’est seulement dans la séquence finale que l’on retrouve la langueur du début du film, lorsque Aschenbach est dans sa chaise longue avant de mourir (on retrouve a peu près le même plan qu’au début lorsqu’il est sur le pont du bateau), la 5ème Symphonie de Mahler ne fait qu’intensifier la dimension tragique qui émane du film et contribue à amplifier l’intensité émotionnelle. Le rythme du film reste très lent et permet de nous plonger au cœur de réflexions sur le Temps et la Mort, sur la Beauté et l’Amour.
Durant tout le film Aschenbach est très seul, on apprend dans un flash-back qu’il a perdu sa fille, le plan est très court, on voit un cercueil 
puis Aschenbach (jeune) et sa femme qui pleurent. 
Durant tout le film il a une attitude froide et un air pincé. Il y a très peu de dialogue dans le film car le personnage n’a pas d’interlocuteurs, seuls les flash-back avec sa femme et sa fille ou avec son ami Alfried sont riches en paroles et en réflexion sur l’art et la beauté.
Aschenbach cherche a savoir la vérité sur ce qu’il se passe à Venise mais là encore il est très seul, les personnages à qui il le demande ne répondent pas ou change de sujet. Dans le livre un passage illustre bien cela : « Un jour il saisit au passage, dans une conversation chez le coiffeur […] un mot qui l’intrigua. Cet homme avait fait mention d’une famille allemande qui venait de repartir après un séjour de courte durée et […] il ajouta avec une intention de flatterie : « vous monsieur vous restez ; vous n’avez pas peur du mal ». « Du mal ? » répéta Aschenbach en le regardant. Le bavard se tut, faisant l’affairé, comme s’il n’avait pas entendu la question. Et quand elle fut renouvelée avec insistance, il expliqua qu’il n’avait connaissance de rien et chercha, avec un grand flux de paroles à détourner la situation.».
Mais Aschenbach trouve enfin quel est le mal qui ronge Venise « Aschenbach fit une nouvelle démarche pour se rendre compte de se qu’il se passait à Venise et cette fois avec plein succès. […] Depuis quelques années déjà le Choléra asiatique tendait à se répandre […] Mais tandis que l’Europe tremblait de voir le mal faire son entrée [par la Russie], se sont des marchands syriens qui l’avaient amené par la mer.» On lui conseille même de partir au plus vite a cause la mise en quarantaine imminente.
Au fil de l’histoire Aschenbach s’isole dans la contemplation de Tadzio qui le fascine. Aschenbach le recherche tout le temps et observe tout ses faits et gestes.
L’isolement est aussi présent dans le film par le choix du lieu, en effet les lieux sont entourés d’eau, la plage de l’hôtel est le lieu principal du film. C’est un lieu clos (fermé par la mer devant et par les cabines de plages derrière) de plus on ne voit jamais le trajet que font les personnages pour s’y rendre ni la distance qui les séparent de l’hôtel. De Venise on ne voit que quelques ruelles et deux places toujours plus désertées et putrides, l’hôtel quand a lui se vide peu à peu de ses occupant. Dans le livre Aschenbach remarque assez rapidement l’ l’ambiance qui règne sur Venise et les estivants qui partent « Pendant la quatrième semaine de son séjour au Lido, Gustav Aschenbach fit sur ce qui l’entourait quelques observations inquiétantes. En premier lieu, il lui semblait qu’à mesure que la pleine saison approchait, la fréquentation de son hôtel diminuait plutôt que d’augmenter […] Tandis qu’il prenait le thé, [sur une place], il flaira subitement dans l’air un arôme particulier, […] une odeur pharmaceutique douceâtre, évoquant la misère, les plaies et une hygiène douteuse il l’analysa et la reconnut ; tout pensif, il acheva son goûter et quitta la place […] Au coin des rues étaient collées des affiches imprimées, où les autorités engagés […] a s’abstenir, en raison de certaines affections du système gastrique, toujours fréquente par ces temps de chaleurs, de consommer des huîtres et des moules et de se méfier de l’eau des canaux. La vérité était un peu fardée dans l’avis officiel ; c’était évident. » Dans le film on le voit sous forme de déambulation, Aschenbach se promène dans Venise (enfaîte il est sur la trace de Tadzio) et aperçoit un homme qui répand de la chaux pour désinfecté les ruelles de Venise.
Aschenbach semble à la fois désirer et fuir la mort. Par exemple Il finit par accepter que le gondolier qui lui impose son chemin, le mène. 
De plus il demeure à Venise après avoir appris l’existence de l’épidémie de choléra. Cette attitude à la fois comme la conséquence de son amour pour Tadzio ou comme l’acceptation de la fatalité annoncé dès le début du film.
La dernière séquence est sans doute l’une des plus belles du film, mais aussi la plus triste. Aschenbach a un masque de beauté et est sur sa chaise longue sur la plage du Lido
d’où il regarde Tadzio qui va vers la mer après une dispute avec son ami. Aschenbach agonise, il a du mal à respirer et ses yeux sont mi-clos. Cela donne un impression d’étouffement pour le spectateur. On voit Tadzio de dos
qui s’avance dans la mer, il se retourne pour regarder vers la rive
Soudain il lève le bras et semble montrer l’avenir à Aschenbach
, dans un dernière effort Aschenbach tente de le rejoindre mais la vie s’échappe et son corps s’affaisse. 
La fin dans le livre donne bien l’atmosphère mortifère et le rythme lent. « Au bord des flots [Tadzio] s’arrêta, la tête basse traçant de la pointe du pied des figures dans le sable humide ; puis il entra dans la flaque marine […] il la traversa et avançant nonchalamment il atteignit [un] banc de sable. Là, il s’arrêta un instant, le visage tourné vers le large ; puis il se mit à parcourir lentement la longue et étroite langue de sable que la mer découvrait. […] Un fois encore il s’arrêta pour regarder vers le large et soudain, comme sous l’effet d’un souvenir, d’une impulsion, il tourna gracieusement le buste, une main sur la hanche, et par-dessus l’épaule regarda la rive. Aschenbach était assis là-bas, […]. Sa tête, glissant sur le dossier de la chaise, s’était lentement tournée pour accompagner le mouvement de celui qui s’avançait là-bas ; maintenant elle se redressait comme pour aller au devant de son regard, puis elle s’affaissa sur la poitrine, les yeux retournés pour voir encore, tandis que le visage prenait l’expression relâchée et fervente du dormeur qui tombe dans un profond sommeil. Il semblait a Aschenbach que le psychagogue pâle et charmant lui souriait là-bas, lui faisait signe ; que détachant la main de la hanche, il la tendait vers le lointain, et prenant les devants s’élançait comme une ombre dans l’immensité pleine de promesse. Comme tant de fois déjà il voulut se lever pour le suivre. »
[ 04:15 ] [ 2008-Feb-12 ] [ 0 Commentaires ] [ Poster un commentaire ] [ Lien ]