Une Fleur de Lys au bord de l'Océan





Le journal d'une roman (8)

Posté le 2008-Jul-22 a 210943
 

V La trêve de Noël

 

 

Elles sont venues, enfin, ces vacances de Noël. J’étais épuisé par mes préparations de cours, mes copies à corriger, l’IUFM, à n’en plus pouvoir, et j’ai mon oreille toute infectée d’eczéma. Mon toubib dit que cela est dû au stress.

J’ai mis les bouchées doubles pour que tout soit prêt, avais trouvé, je ne sais comment, une ou deux après-midi pour aller à la bibliothèque. Je connaissais bien ma généalogie des La Trémoilles, j’avais effectué toutes les recherches nécessaires, si bien que je croyais pouvoir tout rédiger d’un coup. J’y aurais travaillé jours et nuits. Ce ne sera pas possible malheureusement. J’ai fait le calcul : trop de journées de ces quinze jours de vacances seront perdues en trajets, de Lyon à Rennes, à Brest, puis à nouveau à Lyon, en Ardèche, à Grenoble enfin. Il faudra me consacrer à quelque œuvre mineure en attendant d’autres vacances…

Arrivé à Rennes, chez mes beaux-parents.

 

Face à l'Histoire

Posté le 2008-Jul-20 a 111143
             Que sommes-nous face à l’amoncellement formidable des siècles, ces rois et paysans, nobles et bourgeois, enchevêtrés dans l’écoulement vertigineux ?

            Une larme d’un œil fasciné qui roule et vole dans un torrent.

 

Journal d'un roman (7)

Posté le 2008-Jul-20 a 111131
 

Les historiens que j’ai pu lire sont assez mitigés quant au rôle du prince de Talmont dans cette épopée vendéenne. Comme pour son aïeul, sa condescendance agace. Il croyait probablement valoir plus que les autres de par ses origines et que le commandement était dû à des hommes de son rang. Il lança l’armée catholique et royale dans l’improbable virée de Galerne qui, de l’autre côté de la Loire, devait rallier les Vendéens aux Chouans et à un débarquement anglais. Il aurait cherché à fuir en Angleterre après une tentative vaine devant la place forte de Granville. Il fit quoiqu’il en soit des prodiges de valeur et montra un courage sans faille à chaque bataille. Certains pensent qu’il aurait pu prendre de court la République et foncer sur Paris. Je me suis plu à imaginer dans mon roman une victoire possible, une Restauration de la monarchie qui ne viendra que vingt ans plus tard.

Le retour et surtout la traversée de la Loire tourna au désastre ; l’armée catholique et royale essuya des pertes considérables. C’en était fait d’ailleurs de ses chances de réussite. Blessé de n’avoir pas été élu généralissime à la place de la Rochejaquelein, Philippe-Henri de la Trémoille s’en va déguisé en paysan. Il est capturé par des gardes républicains. Il est jugé de manière sommaire comme savait le faire un régime qui a inventé pourtant les droits de l’homme. On fait de son procès une revanche du peuple sur les nobles. Et quelle réplique admirable à son bourreau ! « Tu es un aristocrate et je suis un patriote », lui disait celui-ci. « Tu fais ton travail et je fais mon devoir ». 

Sa tête fut exposée sur une pique aux portes de son château.

Philippe-Henri de la Trémoille avait un fils qui participera aux guerres napoléoniennes. Il n’était pas l’aîné, mais le cadet des La Trémoille ; son frère, émigré en Angleterre, de retour en France, aura une descendance jusqu’en 1934, où s’éteignent en ligne directe les La Trémoilles.

 

Tout mon roman repose donc sur un personnage au caractère similaire, une véritable inversion des valeurs. Mon héros n’est pas ce personnage simple qui par son courage va en remontrer à des gens qui le méprise. Tout cela est si commun, morale mesquine partout présente, une sorte d’héritage des avant-gardes, où il s’agirait d’attaquer un ordre bourgeois avec des arrières pensées de justices sociales. Contrairement à moi qui suis fils  de paysan, les Flaubert, les Sartre et autres appartenaient tous à cette bourgeoisie. Mais là n’est pas l’important : je ne m’intéresse pas à la politique ou si je m’intéresse à des idées, c’est uniquement en esthète, car je ne crois pas pouvoir changer le monde. L’originalité de mon roman va résider donc dans ce héros hautain et méprisant, fier du passé de ses ancêtres, qui va en remontrer au peuple, à la masse, à tout le monde.

Tout au long du roman, on le verra douter, il va s’enférer dans une attitude qui le rongera de l’intérieur, la vie peut-être le mettra à genoux. Mais il ne voudra pas transiger sur sa fierté. Peu importe la morale : cela est beau.

 

Journal d'un roman (6)

Posté le 2008-Jul-20 a 111123
  Philippe-Henri de la Trémoille, prince de Talmont

Il s’agit de la figure historique qui compte le plus dans mon roman. Mon héros se réfère fréquemment à lui, affiche dans son appartement de Brest des reproductions de tableaux le représentant. C’est même de lui que m’est venue l’idée de choisir les La Trémoilles comme famille d’un héros que je voulais noble. Je m’intéressais alors à l’épopée des Vendéens et c’est en étudiant de près la généalogie de ses principaux meneurs que j’ai trouvé l’histoire passionnante de cette illustre lignée.

Ayant un peu du caractère de son lointain aïeul de la guerre de cent ans, Philippe-Henri connut une jeunesse extrêmement dissolue. Quand éclate la  Révolution, cependant, il se range résolument aux côtés des Blancs. En 1792, après une conjuration avortée, il fuit en Angleterre comme bien des nobles, puis s’engage sur les bord du Rhin dans l’armée des Emigrés sur laquelle Chateaubriand, dans ses Mémoires d’Outre-tombe, s’étend longuement. Notre écrivain était un simple soldats qui portait dans ses bagages,  René et Attala, « ses deux jumeaux », et le prince de Talmont était aide de camp du comte d’Artois, le futur Charles X. Association pour moi riche de signification : Charles X fut un Saint Louis égaré au XIXème siècle, il sera tout aussi intransigeant que la Trémoille sur la religion, les valeurs de l’Ancien Régime ; comme La Trémoille, il voulut ne faire aucune concession à la Révolution, comme La Trémoille, il échoua…

Notre homme fut envoyé en France avec un plan d’insurrection, il est arrêté. Un oncle à lui, habilement, l’aide à s’évader, il  gagne alors Saumur que les Vendéens viennent de prendre. L’arrivée d’un homme grand comme il était, jeune - il avait alors vingt-cinq ans -, bien fait de sa personne, dont la famille était si ancienne et si illustre dans tout le Poitou, fit sensation dans cette insurrection de paysan qui avait éclaté depuis peu et qui se cherchait des meneurs. Je ne puis ici m’empêcher de parler de l’épopée vendéenne, que l’ont peu admirer non pas comme idéologue, mais comme esthète, de la manière dont les romantiques furent fascinés par Napoléon. Les paysans de Vendée trouvèrent des meneurs en la personne de leurs seigneurs, mais aussi de roturiers comme Cathelineau ou Stofflet. C’était de jeunes gens fougueux, animés plus que les révolutionnaires, de convictions sincères. On se souviendra de la résolution sublime de La Rochejaquelein : « Si j’avance, suivez-moi ! Si je recule, tuez-moi ! Si je meurs, vengez-moi ! » Ces meneurs durent constamment se battre aux premières lignes, essuyer les premières salves ennemis, pour entraîner des troupes souvent méfiantes. Ils savaient en leur for intérieur que leur entreprise était vouée à l’échec. « C’est le pot de terre contre le pot de fer », aurait dit d’Elbée alors que des paysans venaient le chercher dans son château. Ils choisirent de mourir jeunes pour une cause qu’ils croyaient juste. Et quels exploits, quelles prouesses ! A des armées qui, plus tard, devaient faire trembler l’Europe, quelles défaites cuisantes ont infligé ces Vendéens au Sacré cœur cousu sur la poitrine !

Journal d'un roman (5)

Posté le 2008-Jul-7 a 221048
               Louis II de La Trémoille dit le « Fameux Louis »

Personnage d’une moralité bien plus haute que le précédent et qui fut toujours fidèle à la couronne de France. En témoigne sa devise : « Sans sortir de l’ornière ». Il est une des figures marquantes de cette période de notre histoire qui voit s’éteindre le Moyen Âge avec l’avènement de la Renaissance. Il participe à la « Guerre folle » au cours de laquelle les grands du royaume se soulèvent contre la régente Anne de Baujeu, fille de Louis XI, pendant la minorité de Charles VIII. Troubles malheureusement inhérents à notre monarchie, qui préfigurent la Fronde au XVIIe siècle. Cette fois, c’est un cousin, le duc d’Orléans, allié au duc François de Bretagne, qui veut s’emparer du pouvoir. La Trémoille, brillant général, se trouve du bon côté. Il écrase les armées rebelles à Saint Aubin du Cormier. Il fera même prisonnier le duc d’Orléans, le futur Louis XII. Ce dernier aura un mot qui devait rester dans l’histoire lorsqu’il parvint enfin sur le trône - car le pauvre Charles VIII se fracassa le crâne sur un liteau de porte  : « Un roi de France ne venge point les querelles d’un duc d’Orléans. »

 Il occupera la plupart des villes du duché de Bretagne, assiégera Rennes et forcera le mariage de la duchesse Anne et de Charles VIII. Ainsi, grâce au fameux Louis, la Bretagne fut rattachée à la couronne de France.

  Il participera également à ces guerres d’Italie qui amèneront en France un goût nouveau pour les arts. Il est aux côtés de Charles VIII et de Louis XII, puis de François Ier. Il était marié à Gabrielle de Bourbon Montpensier. J’ai pu lire quelques lettres de leur correspondance, des lettres que Louis envoie du sud de la France, d’Italie. L’on sent entre les deux époux beaucoup de tendresse et un attachement sincère. L’on y trouve de ces mots tendres que l’on n’imagine pas sous la plume d’un si éminent personnage. Gabrielle souffrit beaucoup de l’éloignement de son époux et « employait ses journées » comme le dit l’un se ses biographes de la Renaissance « en broderie et autres menus ouvrages appartenant à de telles dames… elle se retirait en son cabinet bien garni de livres, lisait quelques histoires ou chose morale ; et s’y était son esprit ennobli et enrichi de tant de bonne science. » Engagé aux côtés de son père, son fils mourra à Marignan. Elle ne s’en remettra jamais et décédera un an après.

Louis trouvera lui-même la mort au désastre de Pavie à l’âge de soixante-quatre ans. L’on n'oubliera pas que la France lui doit l’acquisition de deux belles provinces, la Bretagne mentionnée ci-dessus et la Bourgogne.

Journal d'un roman (4)

Posté le 2008-Jul-4 a 200824
 

IV Les La Trémoilles

               Mon héros est le dernier descendant d'une famille noble des plus illustres: les La Trémoilles. Il faut dire qu'il en est particulièrement fier, jusqu'à en être assez insupportable. Il n'est rien de plus fascinant cependant que l'étude de la généalogie des grandes familles. L’on en vient à trouver un fil lumineux dans ces ténèbres, ce chaos sans nom qu’est l’histoire. En témoigne la famille de Polignac, originaire d’une terre du Velay, dont les racines se perdent dans la nuit des temps. On les faisait descendre de l’aristocratie gauloise de la fin de l’empire romain. Le nom même de Polignac ne serait rien d’autre que la déformation d’Apollinaire, du nom du frère du grand poète. L’on relierait ainsi deux civilisations à travers une seule famille. Légende que tout cela ? Mais est-il interdit de rêver ? La famille royale - n’oublions pas qu’un des fils du comte de Paris pourrait encore régner - descend d’Hugues Capet, qui lui-même, par sa mère, est issu de Charlemagne. Voici donc un pont entre deux grandes dynasties de notre histoire. Mais les Carolingiens n’avaient-ils pas eux-aussi contracté quelque alliance avec les Mérovingiens au temps où ils étaient maires du palais, et même par la suite ? Il me faudrait lire les grands historiens de ce Haut Moyen Âge qui est si passionnant.

Quoi qu’il en soit, la famille dont j’étudie la généalogie remonte à un certain Pierre qui vivait sous Henri Ier au XIe siècle. Selon certains généalogistes, il aurait quelque lien avec les comtes du Poitou, si bien que la maison de la Trémoille plongerait aussi ses racines à l'époque carolingienne. Et je me plais, dans mon roman, à imaginer les ancêtres francs de mon héros : ces guerriers aux cheveux longs, armés de leur redoutable francique.

Georges de La Trémoille 

Figure haute en couleur d’une fin de Moyen Âge que l’on voudrait aussi triste et mélancolique qu’un poème de Villon. Ses biographes, même les plus récents - et par la même les moins susceptibles de subjectivité - ont peine à cacher leur animosité quand il parle de lui. Cruauté, fourberie, traîtrise, violence, ambition, cupidité : les moindres événements de sa vie font ressortir les vices que notre époque condamne le plus vivement.

Georges de la Trémoille ménage tour à tour ses relations avec les deux parties qui s’entredéchirent dans le royaume : les Armagnacs favorables au futur Charles VII, le pauvre « roi de Bourges », et les Bourguigons, qui comme leur nom l’indique soutiennent le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, et « collaborent » avec l’occupant anglais. Il utilise subtilement Jeanne d’Arc pour attaquer ses ennemis, ou au contraire l’empêche de poursuivre le siège d’une ville pour conserver une amitié qui peut lui servir. Il battra sa première épouse qui est une princesse de sang royal de ce qu’il ne pouvait s’emparer de biens qu’elle destinait à sa cousine. Devenu, par ses possessions, l’un des seigneurs les plus puissants du royaume, il procède à de véritables brigandages sur ses terres. Il entre en guerre ouverte avec le connétable de Richemont qui était pourtant à l’origine de son ascension. Les enlèvements ou tentatives d’enlèvements se succèdent. Emprisonné, contraint à payer une forte rançon, il se retire sur ses terres où il entre en conflit avec l’autorité royale. En 1439, il participe à la Praguerie. Evénement assez méconnu de notre histoire qui voit les grands du royaume - dont le Dauphin - se soulever contre Charles VII. Le roi écrasera les rebelles et pardonnera non seulement à son fils, mais aussi à La Trémoille, qui ne le méritait guère. Il meurt à un peu plus de soixante ans d’une vie bien remplie. Il est inhumé dans la chapelle de son manoir de Sully qui donnera par la suite son nom à un ministre célèbre d’Henri IV…

George de La Trémoille avait épousé en secondes noces Catherine de l’Ile Bouchard, veuve d’un certain Louis de Giac, favori du roi avec lequel il s’était querellé et qu’il avait fait noyer. Par ce second mariage, il est le trisaïeul de Catherine de Médicis et par la même de bien des souverains d’Europe.

 

 

Journal d'un roman (3)

Posté le 2008-Jul-3 a 130154
 

Dans le TGV, à nouveau.

            La nuit déjà est tombée. Que retiendrai-je de cette froide journée de décembre ? Ce retour d’un jour à Paris ? J’ai été assailli par toutes sortes de souvenirs, des regrets, ai nourri également nombre d’ambitions - je les nourris toujours.

            J’ai pris un instant, arrivé gare de Lyon, pour décrire ce que je voyais autour de moi, mes impressions. Cela m’est  quelque peu inutile puisque mon héros part de la gare Montparnasse. Puis, j’ai marché jusqu’au port de l’Arsenal d’où l’on voit la colonne de Juillet. Curieuse impression, c’était là, il y a deux ans déjà, que je marchais, le plus vite que je pouvais, avide de nouveaux savoirs, la tête pleine de grands écrivains et de leurs plus grandes œuvres, pleine d’idées de nouvelles, de romans, tournant et retournant mes phrases. Je gagnai, après la fermeture de la bibliothèque Buffon, à côté du jardin des Plantes, celle du centre Pompidou dont la file d’attente en fin de journée s’amenuisait. J’ai revu ensuite l’Hôtel Fieubert, quai des Célestins, sa façade aux caryatides massives, inquiétantes, que l’on prendrait pour une maison hantée. Je passais à côté pour rejoindre M. qui travaillait alors dans une petite librairie anglaise, rue Charles V. Enfin, pour terminer ma petite visite du Marais, j’ai contemplé l’Hôtel de Sens, dont l’architecture, auparavant et encore, me plaît tant. Ce doit être cette élégante asymétrie, ce mariage subtil du gothique flamboyant et du renouveau de la Renaissance qui lui donne ce charme. Avant d’y arriver, j’ai remarqué à côté d’un terrain de basket, les restes de remparts, ceux de Philippe-Auguste, à coup sûr. Ainsi, l’Hôtel de Sens se trouve dans l’enceinte du Moyen Age, est entourée de vestiges d’une époque guerrière, ce qui peut avoir quelque intérêt pour mon roman. Après avoir contourné le monument, contemplé ce jardin où l’on s’attend à voir sortir d’une petite porte  une dame d’autrefois, j’ai cherché où pourrait habiter mon héros, un immeuble sobre, ancien, pauvre et sombre. J’ai presque trouvé ce que je voulais, un bâtiment ventru, penchant à l’arrière comme pour se retenir sur un autre, ses angles n’étaient pas droits, rappelaient le Paris d’avant Haussmann, avec ses rues étroites, tortueuses. L'Hôtel de Sens et son jardin

              J’ai pris des notes, ai traversé une première fois la Seine pour gagner l’île Saint-louis, suis passé à côté d’une église que j’ai visité - il y a peu de monument à voir sur cette île -, mais dont je ne me rappelle plus l’intérêt - dans quelque peinture peut-être ? J’ai traversé une deuxième fois la Seine, suis passé à côté de l’hôtel de la Tour d’argent. Pourrais-je jamais espérer y manger, y passer un petit séjour ? C’était par là que je rentrais de la bibliothèque, la tête lourde, les yeux fatigués, jusqu’à l’appartement de M.. J’avais tant de chose à lui raconter. Je n’ai pas fait de détour par la rue des Boulangers où nous habitions, j’ai remonté la rue Clovis, passé le mur d’enceinte de Philippe-Auguste, le collège Henri IV, Saint Etienne-du-Mont, la bibliothèque Sainte-Geneviève - le Panthéon à côté se dressait dans toute sa majesté -, la fac de droit, rue Soufflot, j’ai mangé à Quick, un gros hamburger composé de mayonnaise, d’oignon, de steak haché, - écoeurant. Pourtant, comme il me fut bon alors de m’installer au chaud, prendre dans mes doigts engourdis par le froid, brûlant, quelque nourriture. Il me semblait goûter une fin d’après-midi d’hiver en Ardèche, de retour au chaud.

Comme il n’était que midi et demi et que, je le pensais, il me serait difficile de rentrer à Louis le Grand ou à Henri IV, j’ai gagné le Luxembourg. En cherchant le Pré-aux-Clercs, je me pris à rêver en contemplant les cafés prestigieux où se réunirent les grands écrivains, les magasins d’art, de design. Ah ! l’ambition de parvenir à quelque chose m’étreignait ! Le Pré-aux-Clercs, comme son nom l’indique, était un lieu champêtre au Moyen Âge, et jusqu’au dix-huitième siècle. Cela est bien difficile à imaginer. C’était là que les étudiants s’affrontaient à coup de couteaux, puis les nobles y vinrent vider leurs querelles. A présent, c’est une petite rue coquette. Au XVIIIe siècle, quand Versailles perdit de son prestige avec la fin du règne plutôt morose de Louis XIV, les grands aristocrates y firent construire leurs hôtels. Comme pour les proches banlieues aujourd’hui, ces endroits permettaient d’avoir de grands et beaux jardins tout en étant proche de la ville et de ses plaisirs. Je remarquai une rue de P., presque mon nom de famille ; ce pourrait être un clin d’œil dans mon roman. Je cherchai un immeuble qui corresponde à mes attentes, mais ne le trouvai pas.

Une manif de l’éducation nationale - tiens, je les avais oubliés ceux-là -, m’empêcha de gagner la rue de Varennes. Des CRS en bloquaient l’accès. Par quelque détour, parce que les flics me laissèrent passer aussi, je découvris l’Hôtel de Castries, le ministère de la fonction publique. J’arrivai aux Invalides, à son dôme d’or, remarquai des canons verdâtres orientés sur un jardin vert qui descend jusqu’au pont Alexandre III. J’ai visité le ministère des Affaires Etrangères avant de revenir. Le temps me pressait et je n’avais pas vu l’essentiel. Sur le chemin du retour, en remontant la rue des Saints Pères, à l’angle de la rue P., un immeuble attira mon attention. Il n’avait qu’un étage ; une espèce de maison sur le rez-de-chaussée, à la peinture écaillée dont on voyait l’intérieur triste. Le toit d’ardoise était couvert de mousse. Voilà qui pourrait m’inspirer. Quelle sensation étrange dans cet après-midi court d’hiver, le froid, cette lumière basse, pâle. J’imaginais à l’intérieur un étudiant maussade. M’égarant dans quelque rue, j’entrai bientôt dans la cour intérieure d’un vieil immeuble. Un vieil arbre se trouvait en son centre, des poutres noires à l’entrée, un escalier aux marches usées, quelque chose du Paris d’antan dans ces façades sombres, sans ornement.

Je pris quelques notes à Louis le Grand. Louis XIV a visité le lycée en 1674 et lui a donné par la même son nom. On dit qu’au XVIIIe siècle, les élèves ne pouvaient se mettre à l’abri que si l’eau de la fontaine, dans la cour, était gelée. Voltaire, rebelle déjà, y aurait un jour porté de la glace pour entrer au chaud. Il en fut sévèrement puni. Je lus des affiches à l’intérieur, une proposition de soutien, notamment, par des élèves de Normale Sup’. Il y était question d’accès à de grandes écoles, d’excellence, de réussite… Il ne me fut pas possible d’entrer dans le majestueux bâtiment de la Sorbonne, en face. Un flic en surveillait l’entrée. Je m’attardai à contempler le Collège de France. Je me rendis compte qu’il était bien tard. Avant de partir, je fis un tour, rue d’Ulm, dans le prolongement d’une des ailes du Panthéon. Sur ma gauche, un centre libanais, à droite l’institut Marie Curie, aux vitres sales, une sorte de bâtiment préfabriqué. Enfin, je rejoignis deux bâtiments, l’un sobre d’un côté de la rue et l’autre plutôt moderne de l’autre : Normale Sup’. L’un est dédié aux sciences, l’autre est-il ce lieu où rêve de se rendre mon héros ? Faire de nouvelles recherches à ce sujet ?

L’imagination est plus importante qu’une documentation patiente.

Je longeai Henri IV d’où les élèves sortaient, pris le métro à Cardinal Lemoine en toute hâte. Le souffle métallique, chaud et malsain de ces galeries me rappela un voyage à Paris, quand j’étais au collège. J’avais quinze ans. Est associé encore à ce souvenir un goût de sauce MacDo - le prof qui organisait le voyage nous y faisait manger pour économiser -, les petits resto grecs après des marches harassantes pour nous bien faire dormir. Mon train ne partait pas à cinq heures, comme je le crus un moment, mais à cinq heures et demie ; et me voilà en route pour Lyon.

Journal d'un roman (2)

Posté le 2008-Jun-30 a 140210
 

II Un soleil pâle de rentrée, fraîcheur d’automne

             Du point de vue de mon travail, cette année se déroule bien mieux que la précédente. Et pourtant, je n’étais pas rassuré du tout quand je me suis vu affecté au lycée des Eaux Claires, dans la proche banlieue de Grenoble. Les Eaux Claires, c’est comme Mante la Jolie ou les Lilas et que sais-je, ces noms fleuris de quartiers sans histoire qui cachent misère et délinquance. Je suis tombé sur une bonne classe, des collègues sympa, un tuteur qui ne me prend jamais la tête. J’ai pris mes distances vis-à-vis de mes élèves. Ces derniers - ce sont des secondes - sont matures, bavardent, mais n’ont pas mauvais fond. Je leur fais étudier des textes qui me plaisent, ai pu aborder des sujets de société et obtenir des débats plutôt intéressants.

            Je n’en demeure pas moins un bien mauvais pédagogue. Je ne suis pas sûr de moi ; je galère pour préparer mes cours, pour lancer des questions. Finalement, ce travail, je le fais surtout par nécessité.

 

            Dans le TGV.

            J’ai réussi à me libérer, ce lundi : pas d’IUFM de deux jours. Je rentrerai à Grenoble demain matin. Ce voyage à Paris doit me permettre de mieux appréhender mon roman. J’ai plusieurs lieux à visiter, lieux que j’ai soigneusement déterminés à l’instant. Il m’a fallu me lever à six heures ce matin. J’ai même hésité hier au soir tant le voyage est coûteux et mon entreprise farfelue.

Depuis mes premiers écrits, adolescent, j’ai la fâcheuse habitude de ne rien révéler de mes travaux littéraires. C’est par timidité, et parce que je crains, s’ils ne devaient pas aboutir, de décevoir mon entourage, d’avoir seulement à en parler. J’œuvre toujours dans l’ombre, espérant un triomphe soudain. Mais, du coup, je traîne dans mon travail : je ne me lance jamais à fond, ne clame jamais haut et fort mes projets secrets.

            La brume sur les près verts et les arbres dépouillés : le paysage est à l’image de la fatigue qui me tombe sur le front et les yeux. Les autos ont encore leurs phares... Des champs détrempés, fangeux, on s’imagine marcher en s’enfonçant dans la boue, en se trempant les pieds sur les mottes humides. L’horizon disparaît dans cette brume molle.

            Pourrait me servir dans mon roman au moment où dT retourne à Brest, soit après Noël, soit après avoir quitté son père qu’il revoit pour la dernière fois. La brume devient de plus en plus dense à mesure qu’il approche de Brest. Soulignerait la période de déprime qui pour lui va suivre.

            Qu’a pu être la vie de T ? (Car il vit à présent pour moi) Comment peut-il voir, sentir les choses ? Effort d’empathie. Je l’imagine naissant à Paris entouré de la tendresse de sa mère, jeune et fragile, de la morgue de son père. La mort inattendue de sa mère marque son enfance, le place sous le signe de la douleur, la dureté paternelle. Son père n’a plus que la fierté de ses origines après avoir été déchu de son grade d’officiers. Il reporte sur son fils, fragile, introverti, tous ses espoirs, lui prodigue une éducation à la Spartiate. DT vit ainsi dans le passé, le passé glorieux de ses ancêtres. Je dois ressentir ses tristesses, son sens de l’honneur, je dois voir, telles qu’il les voit, les rues qu’il a traversées, les bâtiments qui l’ont environné.

 

           

Journal d'un roman

Posté le 2008-Jun-23 a 170506
 

            Il faisait un beau soleil ce matin à Rennes, mais plus nous approchons de Brest et plus le ciel s’obscurcit. On dirait comme la fumée d’un incendie qui, très haut, recouvre le ciel. Les arbres forment des haies qui délimitent les champs. Sous le ciel gris sombre, les toits bleu-gris, pointus, de Lamballe.

            Le soleil apparaît au milieu de la brume, lui donne comme des reflets. Des balles-rondes (moi qui n’ai pas fait les foins).

Plus on approche de Brest, plus le paysage est vallonné.

Morlaix. La ville s’étend sous nous dans une faille profonde, s’éloigne.

 

 I Vacances en Bretagne

 

             En sortant de la gare, le cri des mouettes. Des toiles étaient tendues sur des piquets bleus. Sur notre gauche, en sortant, la mer, des grues, des bateaux. Y., le beau-frère de la mariée, nous conduisit rue de Siam d’abord - et je revis la place de la Liberté -, puis se ravisa et remonta la rue Jean Jaurès. Là, nous prîmes la petite sœur de la mariée et son copain pour gagner la maison des parents. Accueil chaleureux. Avons mangé quelque peu. En route pour Porspoder, sur la Manche. C’est un petit village bien Breton, avec ses maisons blanches aux toits gris, tout près de la mer. Il faisait gris et frais. Le vent du large était chargé d’embruns. Nous avons marché jusqu’à l’église, la mairie. Bonjour au marié, à la mariée. Un maire qui vante son pays d’Iroise « où il fait si bon vivre ». Cérémonie « mixte » à l’église. La mariée n’étant pas croyante, il n’y eut pas d’allusion à la religion, pas de communion, seulement des discours, des chants sur l’amour et le partage. Photos sur une avancée de terre, près d’un rocher. Ah les herbes hautes, les fleurs diverses, et la mer… Apéritif avec de délicieux petits fours. Enfin, repas au resto, vins, mets fins, discours divers, animations, champagnes, danses. Je suis revenu fatigué, nous ne sommes pas allés à la soupe à l’oignon. Dans la voiture, comme défilaient les champs, les arbres dans la nuit, je voulus un moment revoir S., juste la revoir. Le lendemain, je serais allé par les rues jusqu’à son appart’ - y est-elle encore ? -, aurais monté les escaliers. Elle eût été bien surprise de me voir. On se serait dit quoi après ces deux ans qui m’en paraissent quinze ?

            Le lendemain, retour de noces. Fête à l’endroit où nous avons pris l’apéro la veille. Musique d’accueil avec montée sur scène. Le marié fit l’animation. Crêpes. Le cochon. Danse bretonne. Le soleil se couchait, au loin, la mer, un phare disparaissait dans une brume dorée. La mère du marié dansait avec un jeune cavalier dans une robe blanche avec la grâce d’une jeune fille. Elle devait être bien belle plus jeune. Je me suis cru un moment dans un roman de chevalerie.

   

               Comme les vacances passent, hélas ! et l’été ! De retour en Ardèche, j’ai écrit plus de quarante pages qui demandent encore à être polies, mais que je trouve plus que satisfaisantes. Je suis satisfait surtout d’avoir écrit ce début que je projetais depuis longtemps. Certes, j’en avais écrit un premier, il y a deux ans, mais sans connaître vraiment le tour qu’allait prendre mon œuvre. Ainsi, entre temps, je changeai de style, ajoutai des éléments et une fois que j’eus mis le point final à l’œuvre tout entière, je sus comment écrire le début.

J’ai laissé mon œuvre au milieu d’un chapitre. C’est que l’on m’a proposé d’aller à une soirée ; le lendemain, j’ai dû travailler au bois, chercher M.. Puis vinrent ses parents, nous nous divertîmes avec mes cousins de Paris avant de partir tous deux sur Lyon. Et voilà qu’une semaine presque vient de passer. Je dois me remettre à l’ouvrage avec plus d’ardeur que jamais pour ne pas gaspiller ces quelques jours de vacances. Du courage !

Bref résumé du roman

Posté le 2008-Jun-23 a 170504
 

Sébastien-Henri de La Trémoille est un jeune homme de vingt ans qui vient d’échouer son concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure. Etant particulièrement imbu de sa personne, il vit très mal cet échec, quitte Paris sur un coup de tête et s’inscrit à l’université de Brest. Il y rencontre une jeune fille dont il tombe amoureux et qui l’aide à s’intégrer dans une nouvelle vie. Cette jeune fille, cependant, le trompe - c’est ce dont il est persuadé du moins - et, parce qu’il enrage d’échouer à nouveau, il se morfond avant de se venger sur un jeune homme qu’elle a connu auparavant, Erwann.

Un roman enfin terminé

Posté le 2008-May-11 a 200841

Je voudrais parler de mon roman dans ce blog et faire partager mon expérience de l'écriture à tout ceux qui sont passionnés comme moi de littérature.

 

 

 


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