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2008-Mar-19 - L’impossible entrée dans la vie
L’
impossible entrée dans la vie
La nature exacte des
nouvelles pathologies…
Par Marcel Gauchet, philosophe, extrait d’une de ses interventions, 2007, dans le cadre d’une conférence organisée par le Collège Européen de Philosophie Politique de l’Éducation, de la Culture et de la Subjectivité
Nous sommes dans une situation complètement transformée. Le gradient du changement varie selon les lieux, mais l’évolution est très claire.
La famille est devenue un refuge contre la société et, en particulier vis-à-vis des enfants, une instance de protection contre les contraintes de la vie sociale en général. La société est vue comme un monde dangereux, la pédophilie étant le symbole de ce péril extérieur attaché au monde des adultes, péril à l’abri duquel il faut mettre les enfants. La famille repose sur un ensemble de valeurs privées, individuelles,
Il y a
Il y a d’autre part, à un niveau plus profond, tout ce qui relève des processus d’individuation. La famille, si je puis dire, est là pour être dépassée, c’est sa nature, c’est une institution à laquelle on doit échapper. C’est le meurtre du père qui a servi pendant très longtemps de symbole à cette émancipation nécessaire. Vous remarquerez que l’on ne parle plus de cela. Ces mœurs sanguinaires ne sont plus de saison. La famille n’en reste pas moins quelque chose dont on doit sortir. Mais comment peut-on sortir de cette nouvelle famille
basées sur la reconnaissance des singularités, qui la distingue totalement d’une vie sociale qui, par définition, est le domaine de l’impersonnalité, surtout dans une société démocratique. Celle-ci requiert le même traitement pour tous, elle implique donc l’anonymat de principe des relations et des règles.antinomie entre le fonctionnement des valeurs dans le cadre familial et dans le cadre social. Le . Comment des enfants peuvent-ils apprendre dans ces conditions les règles de la vie en sociale grand problème se joue là? Je crois que c’est la clé des problèmes et des pathologies. C’est le passage à l’impersonnel qui fait difficulté. On peut détailler les cas, les manières dont cela se passe, mais je crois que l’on tient là le cœur de ce qui fait de l’articulation famille-société un foyer pathogène.? Elle n’est pas faite pour qu’on y échappe.
Un exemple
. Pourquoi la phobie scolaire Pour la comprendre, il ne suffit pas de scruter les motivations des enfants et des adolescents, ils faut se poser la question de leurs parents. Elle est fonction de l’image que les parents ont de l’institution scolaire, comme ? une institution où leurs enfants ne seront pas reconnus, une institution qui, par nature, ne peut pas comprendre ce qu’ils sont singulièrement. Dans ces conditions, en effet, pourquoi y aller ?
Ceci dit, je précise en tous cas que je ne suis pas un fervent partisan du retour à la tradition et à le restauration de l’autorité dans la plénitude de ses attributions classiques.
Le combat des Lumières aujourd’hui
Je suis tout à fait pour l’émancipation des femmes, la maîtrise des enfantsmais cela ne m’empêche pas de mesurer les problèmes que font naître les progrès mêmes des principes auxquelles j’adhèreje déplore l’obscurantisme qui règne aujourd’hui. C’est .terrible de raisonner en disant : puisque nous sommes pour ces principes, nous devons nous interdire d’examiner les conséquences. Puisque nous sommes pour les causes, les effets ne peuvent être qu’excellents. Cette attitude définit pour moi le «néo-obscurantisme» contemporainconsiste, à mes yeux, à analyser sans fard les dégâts causés par ce qui est ni plus ni moins une expérimentation sur l’humain à grande échelle. Nous mettons en œuvre des principes nouveaux, des modes de relations entre les êtres absolument inédits. Comment cela pourrait-il aller sans problèmes ?
Il faut regarder ceux-ci et tâcher de les comprendre pour y remédier. Sur le terrain de l’
Ce dont nous avons besoin, c’est d’y voir clair dans cette relation. L’éclairer à un enjeu d’autant plus grand que cette articulation famille-société est aujourd’hui, je l’ai suggéré,
éducation, nous arrivons à une situation de contentieux entre les familles et l’institution qui est une impasse. Cela ne sert à rien de faire de la démagogie pro-familiale et cela ne sert à rien non plus de dire aux familles : la loi de l’institution est celle-là, vous passez sous la table et puis c’est tout.le foyer majeur de reproduction et d’amplification des inégalités qui s’enracinent dans l’inégalité de traitement des enfants dans les familles. Pour que les choses évoluent, ces données doivent être mises sur la table. Cela suppose de regarder ce qui se passe sans interdit. Nous ne pouvons pas nous refuser de voir des choses qui nous sont désagréables à considérer, au motif que nous avons voulu les évolutions dont elle résultent.. De ce point de vue, ,
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