2007-Jun-24 - Poésie du mur ou l'art de la fresque
De tous temps les hommes ont cherché à améliorer leur environnement, à tel point qu'ils l'ont transformé et... détruit par certains côtés. Mais la vision pure n'a jamais agressée consciemment le spectateur dans l'art car il est censé représenter le beau, le spirituel, l'inaccessible. En ce sens je ne suis pas entièrement d'accord avec Hegel sur sa version de l'esthétique aussi puissante soit-elle, il prétend que l'art chinois ou africain, par exemple, ne peut se mesurer à l'art grecque ; simple question de point de vue, de goût, d'appréciation, l'art ne se cantonne pas dans de vains discours restrictifs et calculs savants. Il est évanescent, libre des contraintes, et si universel que tous discours pour le circonvenir est vain.
La fresque, buono fresco, était certe une technique merveilleuse, et la possession des murs, qui reste toujours l'appropriation des murailles et des grottes du paléolithique, ne peut nous laisser indifférent. Nous voyons sur les murs de nos cités quantités de fresques, de provenance diverses et effectuées souvent par de petits groupes d'étudiants ou des artistes isolés mais rémunérés par les communes, mais le terme est mal choisi, car la fresque se réalise en étalant un enduit à la chaux, et en peignant avec des pigments purs... elle est éternelle, témoin les prodiges de Michel Ange ou de Tiepolo, de Piero Della Francesca ou Mantegna. Ce qu'aujourd'hui nous appelons fresque est en fait l'habillage mural, c'est très différent, en effet, la fresque était la sacralisation d'un lieu et d'une surface dans la verticalité et l'horizontalité, la peinture murale ne reste qu'un revêtement plus ou moins heureux d'une surface qui demeure un mur envers et contre tout.
La peinture murale, elle, du muraliste Diego Rivera (inventeur du terme muraliste) par exemple, n'est qu'un film résistant plus ou moins au temps. Personnellement c'est la technique que j'utilise, car, à part les églises et la restauration des monuments historiques, je ne vois pas où il serait possible de réaliser encore de la vraie fresque.
J'ai commençé, parallélement à des cours de dessin, dans un bourg breton, et ma première murale à donné cela ;

Je n'avais pas le choix des sujets car pour m'imposer je devais composer avec le lieu, les traditions et les goûts d'un maire amoureux de Paul Serusier et de l'école de Pont Aven, qui n'était pas forcément ma tasse de thé, mais qui m'obligeait à reconnaître un monde pictural agreste très différent de ce que j'entrevoyais alors... j'étais en effet plus féru de petits dessins, caricatures, personnages et de décors fantastiques que de paysages campagnard à la Millet, et soudain je devais posséder la vision d'un classicisme désuet mais au charme indéniable.
La deuxième murale, réalisée sur le mur d'une boulangerie, gardait cet aspect encore raide et timide des premiers essais :

Je travaille principalement avec des acryliques, souples et facile d'usage, la phase aqueuse à ses avantages, surtout sur des surfaces ensoleillées en plein été avec des temps de siccativité difficile à maîtriser, mais très avantageux. Les pliolithes et autres peintures grasses ou à solvant me paraissent extrêmement complexes à l'usage et le temps de séchage ne permet guère des recherches poussées dans les dégradés.

Les commandes avaient trait à la jeunesse, aux écoles, à une certaine idée de la culture et de l'éducation, comme si les adultes demeuraient finalement loin du concept de la muralité si peu utile de nos jours et pourtant tellement nécessaire. Le dessin est ici réalisé sur un centre de vacances d'où le thème ludique des "bulles".

Voici des toilettes publiques, décorées avec des groupes de CM2, où est le prestige ? Où sont les lettres de noblesse ? Dans l'intention initiale et non dans l'usage que l'on fait du support, l'objet se transcende comme sur les parois des grottes du paléolithique spiritualisées sous l'action d'une main artisane et créatrice, celle de l'homme. Les enfants y on pris un plaisir évident, et la technicité du geste a représenté un défi pour moi.

Le pignon de ma propre maison en bretagne, recherche d'une fontaine, car je crée beaucoup de thèmes sur les fontaines murales, un amphitryon tenant deux conques, une rosière et une glycine, un effet tronqué de trompe-l'oeil qui se cherche encore, c'est un travail réalisé dans les années 90.

Ancienne peinture dans mon salon qui n'existe plus (l'avantage de la photo) Travailler sur un plâtre est bien sûr différent que travailler sur un ciment, le grain n'a rien à voir...

Un ex vigneron m'ayant demandé une peinture sur un frontal de garage. Comme vous vous en doutez je ne choisissais aucun sujet, d'ailleurs je n'aurais jamais peint ce genre de thème en temps normal, mais les clients commandaient, et moi j'apprenais aussi mon métier en répondant à ces commandes.

Sur un muret de jardin chez un particulier. (samaritaine portant de l'eau)

Peinture sur une salle communale, toujours la tradition, j'ai fais un raccord malheureux de deux photos car je n'avais pas de panoramique.

Fables de Lafontaine sur un mur d'enceinte d'école.

J'essaierai dans les semaines qui viennent de vous charger d'autres photos, il y en a beaucoup, on en viendra graduellement à une peinture plus libre, plus stylisée, puis à des sujets modernes. Je vous dis à très bientôt, et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez et à me poser toutes les questions que vous souhaiterez...
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